Interdiction voiture thermique 2035 : ce qui va vraiment changer
Fin des ventes de voitures essence et diesel en 2035 : mythe ou réalité ? Ce que dit vraiment le règlement européen et ce que ça change concrètement pour vous.

Imaginez 2035. Vous entrez dans une concession automobile. Pas de berline diesel, pas de SUV essence, pas de citadine hybride classique sur les présentoirs. Seulement des véhicules électriques — ou presque. Ce n'est pas de la science-fiction : c'est ce que prévoit un règlement européen adopté en 2023.
Mais entre la réalité du texte et les gros titres alarmistes, il y a souvent un fossé. Voici ce qui va réellement changer — et ce qui ne changera pas.
Ce que dit vraiment le règlement européen
En mars 2023, le Parlement européen a officiellement adopté le règlement (UE) 2023/851. Le principe est simple : à partir du 1er janvier 2035, tous les véhicules particuliers et utilitaires légers neufs vendus dans l'Union européenne devront émettre zéro gramme de CO₂ au kilomètre.
Traduction concrète : les constructeurs ne pourront plus vendre de voitures neuves équipées d'un moteur à combustion interne — essence, diesel, GPL ou même hybride classique — sur le marché européen.
Ce règlement s'inscrit dans la stratégie européenne "Fit for 55", qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 % d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990. L'automobile représentant environ 15 % des émissions de CO₂ en Europe, elle est naturellement dans le viseur.
Ce qui change (et ce qui ne change pas) pour vous
C'est là que beaucoup de gens se trompent. Le règlement de 2035 n'interdit pas de conduire votre voiture thermique. Il n'interdit pas non plus d'en acheter une d'occasion. Ce qu'il interdit, c'est uniquement la mise sur le marché de véhicules neufs à moteur thermique.
En clair :
- Vous pourrez continuer à rouler avec votre diesel ou votre essence au-delà de 2035
- Vous pourrez acheter et vendre une voiture thermique d'occasion après 2035
- Les réparations, l'entretien, la disponibilité des pièces — rien de tout ça n'est remis en cause directement par ce texte
Ce qui changera vraiment : l'offre de véhicules neufs. Dès 2035, si vous voulez une voiture neuve, elle sera électrique, à hydrogène, ou alimentée par des carburants synthétiques neutres en carbone (on y revient).
Pour autant, les effets indirects sur les propriétaires de thermiques seront bien réels, notamment via l'extension des Zones à Faibles Émissions et l'alourdissement du malus écologique, deux leviers déjà en action aujourd'hui.
Le calendrier précis jusqu'en 2035

Le chemin vers 2035 ne sera pas abrupt. Des objectifs intermédiaires contraignants jalonnent la route :
| Année | Objectif | Ce que ça signifie | |-------|----------|-------------------| | 2025 | −15 % CO₂ vs 2021 | Les constructeurs paient des amendes si dépassé | | 2030 | −55 % CO₂ vs 2021 | Forte réduction de l'offre thermique neuve | | 2035 | −100 % CO₂ | Zéro émission obligatoire pour tout véhicule neuf |
L'objectif 2030 est particulièrement structurant. Une réduction de 55 % implique que la majorité du parc vendu soit déjà électrique bien avant 2035. Les constructeurs qui ne s'adaptent pas s'exposent à des pénalités financières massives — 95 € par gramme de CO₂ dépassé, par véhicule vendu.
Une clause de revoyure en 2026 : le règlement prévoit une évaluation en 2026 pour mesurer si les infrastructures de recharge et les prix des véhicules électriques permettent réellement la transition. Si les conditions ne sont pas remplies, les objectifs pourraient être ajustés. Mais à ce stade, aucune remise en cause fondamentale du cap 2035 n'est attendue.
Les exceptions : e-fuels et petits constructeurs
Le règlement n'est pas aussi absolu qu'il n'y paraît. Deux exceptions importantes ont été négociées.
L'exception e-fuels (carburants synthétiques)
Sous la pression de l'Allemagne, une dérogation a été obtenue pour les véhicules utilisant des carburants synthétiques neutres en carbone (e-fuels). Ces carburants, produits à partir d'électricité renouvelable et de CO₂ capté dans l'atmosphère, permettent théoriquement de rouler en émettant zéro carbone net.
En pratique, cette exception concerne aujourd'hui surtout les marques de prestige (Porsche, Ferrari, Lamborghini) qui ont lourdement lobbié pour la conserver. Les e-fuels restent extrêmement coûteux à produire — entre 3 et 5 € le litre en projection 2030 — et leur disponibilité à grande échelle reste incertaine.
Pour le conducteur lambda : cette exception ne changera pas grand-chose. Les carburants synthétiques n'alimenteront pas les pompes de votre station Total en 2036.
L'exemption pour petits constructeurs
Les fabricants produisant moins de 1 000 véhicules par an bénéficient d'un régime dérogatoire. Cette mesure protège quelques artisans automobiles britanniques et italiens, sans impact sur le marché de masse.
L'impact sur le marché de l'occasion

Voilà un effet que peu d'analystes anticipent correctement. Quand les voitures neuves seront toutes électriques, la demande pour les thermiques d'occasion va s'envoler — au moins dans un premier temps.
Plusieurs mécanismes vont jouer :
À la hausse pour l'occasion thermique :
- Les acheteurs réticents au tout-électrique continueront à se reporter sur l'occasion
- La production de voitures neuves thermiques s'arrêtant, le stock disponible se réduira mécaniquement avec les années
- Les voitures thermiques récentes (2030-2035) seront particulièrement recherchées — les "derniers millésimes"
À la baisse potentielle sur le long terme :
- Les restrictions ZFE vont progressivement exclure les vieux thermiques des centres-villes — un phénomène déjà à l'œuvre avec les vignettes Crit'Air
- Les coûts de carburant restent exposés à la volatilité des prix du pétrole
- Les assureurs pourraient adapter leurs tarifs
En résumé : si vous comptez acheter une voiture thermique neuve pour la garder longtemps, les années 2028-2033 représentent probablement la dernière fenêtre pour acheter neuf. Après, ce sera uniquement l'occasion.
Comment les constructeurs se préparent

Les grands groupes automobiles ont tous annoncé leurs feuilles de route électriques, avec des timings variables :
- Renault Group : ambition 100 % électrique en Europe dès 2030, avec Renault 5 et future R4 en fer de lance
- Stellantis (Peugeot, Citroën, Fiat, Opel...) : 100 % électrique en Europe d'ici 2030
- Volkswagen Group : basculement vers 2033-2035, avec des modèles thermiques maintenus plus longtemps hors Europe
- Toyota : stratégie plus hybride, critique du tout-électrique — mais adapte son offre au marché européen
Ce que ces annonces révèlent : la vraie rupture ne se fera pas en 2035, mais vers 2028-2030, quand l'offre thermique neuve se raréfiera fortement pour permettre aux constructeurs d'atteindre leurs objectifs de -55 %.
Que faire concrètement aujourd'hui ?

Pas question de paniquer — mais l'anticiper intelligemment peut faire économiser beaucoup d'argent.
Si vous avez une voiture thermique récente (moins de 8 ans) : Aucune urgence. Votre véhicule conservera une valeur correcte encore plusieurs années. Les restrictions ZFE ne visent pas vos vignettes Crit'Air 1 et 2 à court terme.
Si vous envisagez un achat dans les 2-3 prochaines années : C'est le bon moment pour évaluer le passage à l'électrique. Les aides financières sont à leur maximum aujourd'hui : bonus écologique jusqu'à 7 000 €, prime à la conversion, et même le leasing social à 99 €/mois pour les revenus modestes.
Si vous souhaitez rester au thermique : Une voiture thermique neuve achetée en 2027-2028 aura encore de longues années devant elle. L'occasion reste une option valable très longtemps après 2035. Ce n'est pas la fin de la voiture à essence — c'est la fin de la voiture à essence neuve.
FAQ — Interdiction voiture thermique 2035
Pourra-t-on encore acheter une voiture essence après 2035 ?
Oui, mais uniquement en occasion. Les ventes de véhicules neufs à moteur thermique seront interdites sur le marché européen. Les transactions de voitures d'occasion thermiques resteront légales sans limitation de durée.
Les hybrides rechargeables (PHEV) sont-ils concernés par l'interdiction ?
Oui. Un hybride rechargeable émet encore du CO₂ quand son moteur thermique tourne. Sauf s'il est alimenté par des e-fuels certifiés neutres en carbone, il sera concerné par l'interdiction de 2035 comme n'importe quel thermique.
Les hybrides classiques (HEV) comme les Toyota sont-ils aussi interdits ?
Oui, dans le cadre du règlement actuel. Un hybride classique non rechargeable émet du CO₂ et ne respecte pas l'objectif zéro émission. Il sera donc également interdit à la vente en neuf à partir de 2035.
La France peut-elle refuser d'appliquer ce règlement ?
Non. Il s'agit d'un règlement européen, directement applicable dans tous les États membres sans transposition nationale. La France ne peut pas décider unilatéralement de ne pas l'appliquer, sauf si l'UE elle-même modifie le texte lors de la clause de revoyure.
Mon assurance va-t-elle augmenter pour ma voiture thermique après 2035 ?
Rien n'est prévu en ce sens par la réglementation. Les assureurs pourraient théoriquement adapter leurs tarifs selon la valeur des véhicules (qui évoluera avec le marché) mais aucune mesure discriminatoire contre les thermiques n'est prévue dans les textes aujourd'hui.
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